Hum... J'en ai long à dire là-dessus ! Je suis éducatrice spécialisée de formation et j'ai une garderie à la maison. Je garde aussi une fillette de 4 ans qui est très "sélective" (mélanges, goûts, textures, allures, couleurs, etc !) Elle refusait de manger ce que je donnais, demandait autre chose à manger ou demandait des faveurs personnelles (couper de telle façon, ajouter du fromage...), il lui est aussi arrivé de régresser dans son langage et son comportement corporel à table. Avec mes interventions, elle demande encore parfois mais n'insiste pas car elle sait que je ne le fais pas. Elle ne manifeste plus de comportement inadéquats non plus et elle mange minimum la moitié des plats qu'elle n'aime pas beaucoup.
Personnellement, je ne donne aucun "dessert" car je veux que les enfants apprenne à bien manger le repas principal parce que c'est bon pour eux. C'est que "dessert", à mon avis, signifie toujours quelque chose qui vient après le repas principal donc, après ce qu'ils refusent de manger... Pourquoi on a introduit cette notion de "dessert" dans nos repas vous pensez ? (Surtout qu'on offre 2 collations par jour en plus... ) Bien, c'est pour une petite douceur... parce que, que ce soit un complément comme des fruits ou un dessert moins santé, il s'agit d'aliments sucrés ou du moins, plus agréables à manger que le repas, après le repas... sinon, personne n'aurais senti le besoin d'inventer cette notion de dessert je crois ! On a jamais vu quelqu'un donner une tranche de pain ou un oeuf en appellant ça "dessert" car cela est toujours considéré comme faisant partie du repas principal ou un accompagnement... Le dessert est donc une récompense tout de même à mon avis ! C'est donc une réussite de se rendre à cette étape du repas... Je trouve que si les enfants ne mangent pas (même s'ils choisissent d'attendre sur la marche de réflexion durant le repas par exemple), et qu'ils peuvent revenir manger le "dessert"... ça ne va pas du tout ! Mentalement pour eux, ils comprennent qu'ils ont réussi à contrôler la situation... qu'ils ont réussis à passer par dessus le plat principal qu'ils ont refusé.... et qu'il peuvent malgré tout avoir le plaisir de choisir ce qu'ils désirent faire ensuite : "manger ou pas le dessert ?" Pour ce genre de choses, l'enfant doit apprendre qu'il y a des limites claires et conséquences claires à ses prises de décisions... bien se nourir est absolument essentiel. Pour l'instant, c'est l'adulte qui doit lui faire apprendre les conséquences directes mais plus tard, la vie s'en chargera toute seule... Ça lui prendra certainement un moment d'acceptation et d'adaptation (en l'absence de troubles biologiques réels) mais il finira par au moins cesser les comportements inadéquats et prendre quelques petites mordées de ce qu'il y a dans son assiette ! Par la suite, on le voit réellement quand un enfant n'aime sincèrement pas certains aliments car il fait les efforts constamment mais n'arrive pas à bien manger... ce n'est plus du tout la même problématique et tant mieux!
Des fois, pour un enfant qui refuse de manger, même l'entrée en "compétition" avec les autres pour obtenir un dessert ou le fait de "réussir à faire comme les autres" n'est pas une assez grande motivation pour manger.
À la garderie, la récompense que les enfants obtiennent quand ils mangent ou goûtent, c'est mon attention et mes félicitations immédiates... Je donne beaucoup de félicitations aux enfants qui mangent et ceux qui ne veulent pas manger, je les encourage en leur apprenant d'ou viennent les carottes (exemple), en parlant des lapins, en inventant des histoires cocaces, des petits jeux ou concours de groupe autour du sujet. Ensuite, les amis qui aiment le repas se mettent toujours à encourager eux-mêmes l'enfant à goûter !!! Souvent, il arrive qu'ils s'allient pour me "jouer des tours" en mangeant plus de bouchées que j'ai suggéré ou même, tout leur plat ! Et là, je fais semblant de chercher sous la table ou ils ont mis la carotte, je leur chatouille un pied en passant, leur tâtonne le ventre, etc.... Ce truc fait fureur !!!
Bref, la fillette dont j'ai parlé plus haut avait une grande aversion pour les omelettes (refus total de manger et crise de colère parce que je ne voulais pas lui donner autre chose à manger la première fois)... alors j'en ai fais un repas par semaine pour voir la nature de son aversion... Elle n'aurait pas le choix d'en manger au moins un peu un jour ou l'autre (mais je m'assurais de mettre le jambon ou fromage qu'elle adore dedans pour ne pas qu'elle reste le ventre totalement vide et elle buvait du lait). Si je voyais qu'elle aimais le jambon et ne mangeait que ça, la fois d'après, je gardais le jambon de côté en disant que j'en donnerais après qu'elle ait mangé 3 bouchées et ainsi de suite : bouchées = jambon, etc. Cela allait pour tout mon groupe donc la fillette avait une récompense (repas, pas dessert !) immédiatement après son effort... elle ne se sentait pas visée du tout... Maintenant, elle mange mes omelettes ! Pas beaucoup mais juste assez et avec un grand sourire en plus !
En dernier recours bien, je crois que c'est vraiment bien d'avertir l'enfant qu'il a le droit de décider, mais entre 2 choix-que nous lui laissons : assis à la table ou alors sur une marche (chaise) de réflexion. (Respecter le moment alloué au repas étant une obligation automatique... pas de liberté de jouer). Puis, on l'averti aussi qu'après le laps de temps nécessaire, on le fera revenir à la table pour ramasser lui-même tout ce qu'il a jeté intentionnellement par terre (si c'est le cas) et qu'ensuite, il aura encore le choix de s'asseoir à la table ou de retourner sur la marche. S'il revient à la table, il n'est pas obligé de manger mais s'il ne mange pas, pas de dessert. Même chose s'il décide de rester sur la marche de réflexion... S'il retourne à table et goûte (ne serait-ce qu'une pointe de dent pour la première fois !), il a le droit au dessert si vous en offrez ! Ça l'encouragera pour la prochaine fois !
Personnellement, j'exige des enfants (2 ans +) qu'ils demeurent à la table tant que tous n'ont pas terminé leur repas (ou presque ! cela permet un temps d'arrêt pour discuter ensembles). Il y a des enfants qui ont de la personnalité et du caractère (et c'est super pour leur avenir)... mais il faut les aider à se diriger dans le "bon sens" comme on pourrait dire !
